Question à KANGNI ALEM

Est-ce qu’on peut dire que sous le couvert d’un travail littéraire vous avez, entre autres, cherché à réhabilité l’image du roi Adandozan ?

Si j’ai cherché à le réhabiliter ? Je ne sais pas forcément mais le romancier ne cherche pas à imposer une vision. Il essaie de comprendre. Mais il y a quand même quelques certitudes sur lesquelles je me suis basé à savoir tout simplement que quel que soit ce que l’on rencontre, quand on creuse un peu, on découvre la contre vérité. Donc, si il y a de la contre vérité, est-ce que la réhabilitation est possible ? Il appartient aux lectures de dire si c’est de la réhabilitation ou pas. Et puis la réhabilitation, ce n’est pas à l’écrivain de le faire. Le royaume d’Abomey se poursuit dans le temps. Le royaume d’Abomey n’a pas complètement disparu. Les rivalités qui existent aujourd’hui dans le royaume d’Abomey viennent du fait que la destitution a brisé la lignée royale. Donc, à un moment donné, on s’est retrouvé avec deux prétendants au même trône. Et c’est ça aujourd’hui qui affaiblit d’ailleurs les princes d’Abomey qui auraient pu s’unir en réécrivant l’histoire d’une autre façon et en se retrouvant disant, voilà, à un moment donné nous avons été bluffé par des esclavagistes, nous avons été bluffé par des puissances étrangères qui ont détruit la lignée royale. Il nous appartient de la reconstruire. Parce que vous savez, ce royaume a été important. Moi, ça me fait la de la peine de voir la faiblesse des descendants des grands royaumes africains que ce soit au Bénin, chez les Ashantis, ou chez les Mandings, on se dit on avait là une sorte d’organisation politique assez puissant qui aurait pu donner des leçons à nos jeunes Républiques. Mais on ne tire pas de vraies leçons de ces expériences.
KANGNI ALEM


ADANDOZAN (1797-1818)

Son nom, son règne et ses symboles ont été effacés de la tradition historique d'Abomey. On lui reproche d'avoir usurpé le pouvoir à son frère, futur Guézo. En réalité, nombre de ses actes semblent avoir été attribués à Guézo. Il a été détroné grâce à l'appui de Francisco de Souza, commercant d'esclaves et ami de Guézo.

On lui reproche d'avoir usurpé le pouvoir à son frère, futur Guézo. En réalité, nombre de ses actes semblent avoir été attribués à Guézo. Il a été renversé pour s'être opposé à la traite négrière par Francisco de Souza, commerçant d'esclaves et ami de Guézo.

Il s'agirait en réalité, au contraire, un modèle à suivre. Dès 1804 il réduisit le luxe des cérémonies, s’affranchit du tribut d’Oyo en pays Yoruba qui consistait à fournir annuellement 40 jeunes gens, 40 jeunes filles, 40 fusils, 40 barils de poudre au roi d’Oyo, encouragea l’agriculture et inaugura “la fête du maïs” en octobre 1808. Il était ce roi moderne progressiste qui voulait garder ses bras valides en tournant le dos au commerce du ‘bois d’ébène”, Il demanda au Portugal des techniciens pour exploiter l’or et fabriquer des armes sur place.

En effet, comme nous le rappelle Camille Amouro, "[...] pour certains mouvements panafricanistes, Adandozan représente tout un symbole de modernité difficile à cacher d’ailleurs par ses propres détracteurs. Il fut le premier souverain dans le monde entier à abolir, par le refus de vendre, la traite négrière ; ce qui constituait, en 1800, sinon une folie au vu des intérêts en jeu, du moins une vaillance sur laquelle ces mouvements pensent tout aussi innocemment qu’il faut prendre exemple. Bien entendu, cette version de l’histoire n’est pas celle qui transparaît dans le récit et le film que je viens d’évoquer ni dans l’histoire qu’on enseigne. La conspiration contre Adandozan et sa déchéance qui introduisirent la notion de coup d’État dans une nation du golfe du Bénin précolonial avait pour unique motif, non de libérer le peuple aboméen de la cruauté d’un roi, mais de remettre en danger permanent tous les peuples de la région précédemment soumis aux razzias des chefs aboméens qui s’illustrèrent comme les plus grands chasseurs d’esclaves de toute l’Afrique de l’Ouest".

Source : http://www.lemague.net/dyn/article.php3?id_article=230

Enfin, considérant que Legba est le seul Dieu du Danxomè, il renvoya tous les prêtres catholiques.

En contrariant le commerce esclavagiste de son époque la mémoire de ce roi se trouva noircie pour l’histoire.

Voir : "Adandozan fut-il un roi barbare et cruel ? ", article de presse du journal béninois LE FORUM de la semaine n° 150 du 17 eu 23 mars 1993, par Claude Dagba.